Succes Story | Gait Up, les capteurs intelligents
21.12.2017 | Camille Andres

Issue d’une collaboration entre l’EPFL et le CHUV, Gait Up produit des capteurs de mouvement d’une grande précision utilisés dans de très nombreux secteurs. La société a été acquise par MindMaze en 2017.

Gait Up est née dans un laboratoire mondialement reconnu pour son expertise dans l’analyse du mouvement: celui du professeur Kamiar Aminian, à l’EPFL, le Laboratoire de mesure et d’analyse du mouvement (LMAM). «J’ai réalisé ma thèse entre 2008 et 2012 et dès le début, j’ai senti l’intérêt du marché pour la question, les premiers trackers d’activité grand public sont apparus dans ces années», explique Benoît Mariani, fondateur et CEO de Gait Up, lancée en 2013. Son travail, un algorithme capable de mesurer la démarche («gait», en anglais), est l’aboutissement de quinze ans de recherches menées sur le traitement de signal des accéléromètres et gyroscopes permettant de mesurer le mouvement humain. Et il répond initialement à une demande du secteur médical: pouvoir mesurer l’état pré et post-opératoire de patients. Le CHUV est le premier client de sa jeune start-up. La croissance se fera ensuite uniquement de manière organique. «Jusqu’à récemment, nous n’avons jamais tenté de lever de fonds. Nous disposions, pour 30%, de fonds de recherche –notamment en provenance de la CTI, Commission pour la technologie et l’innovation, et de l’Union européenne- mais dès le départ tout le reste venait des clients», souligne Benoît Mariani. Pour la plupart ces derniers sont des cliniques privées qui souhaitent des technologies de pointe. Plusieurs sont situées aux Etats-Unis. «Nous avons fait le choix de proposer notre solution au niveau mondial dès le début». La stratégie de Gait Up consiste à disposer de produits de grande qualité et toucher d’abord des clients ‘high-end’, dans le secteur de la santé et du sport, pour accéder à une clientèle plus vaste et diversifiée ensuite avec l’électronique grand public (wellness, drones, réalité virtuelle…).

Une approche qui s’est révélée payante: la réputation de l’entreprise dans le secteur médical a joué pour beaucoup dans son développement. Gait Up a, comme bon nombre de start-ups, négocié un accord de licence avec l’EPFL pour pouvoir utiliser la technologie développée dans ses murs. En 2017, l’entreprise a obtenu la certification médicale ISO 13485, élément nécessaire pour pouvoir travailler avec des grands groupes et s’engager sur le marché des équipements médicaux. Parmi ses clients actuels: BNP Paribas, Logitech, Hitachi, G-therapeutics… mais aussi des pharmas et des horlogers. Enfin, alors qu’elle cherchait à lever des fonds pour pouvoir «se focaliser sur les meilleures opportunités», l’entreprise a été acquise en mai 2017 par MindMaze, première licorne vaudoise et autre Scale-Up, active dans la neuro-réhabilitation et la réalité virtuelle/augmentée. Des synergies technologiques sont à prévoir entre les deux entités.

L'équipe Gait Up

 En quoi votre technologie est-elle innovante?

Nous développons des algorithmes intelligents d’analyse du mouvement, qui sont tous validés scientifiquement. Un médecin ne peut pas vérifier la qualité d’un algorithme sous forme de code. Par contre, une étude qui valide son utilisation sur des patients dans le secteur médical a valeur d’un test clinique. Par ailleurs, nos algorithmes sont les meilleurs du secteur, car nous les travaillons depuis des dizaines d’années, nous avons résolu certains problèmes que d’autres découvrent tout juste. Enfin nos algorithmes sont valables pour une grande variété de mouvements et d’activités. Alors que la plupart de nos compétiteurs se focalisent sur une application unique, nous couvrons un grand nombre d’entre elles (marche, course, natation, activité quotidienne, tracking 3D…). Nos utilisateurs finaux sont aussi bien des élites sportives que des malades de Parkinson, ou des gamers! Notre business model consiste à développer la technologie pour la fournir à un constructeur qui souhaite l’intégrer dans son produit selon les besoins qu’il identifie pour ses consommateurs (modèle B2B2C). Enfin, nos capteurs s’adaptent et évoluent: avant ils servaient à faire des diagnostics ponctuels, aujourd’hui ils permettent de réaliser de plus en plus de mesures en temps réel et de longue durée, et de recueillir une grande masse de données.

Pourquoi avoir choisi le canton de Vaud?

Lausanne est un hub de start-ups à l’importance grandissante, par ailleurs nos liens avec l’EPFL et le CHUV restent forts. Mais ce qui compte surtout, c’est la qualité de vie, on arrive facilement à motiver des talents pour travailler ici. Enfin, la Suisse est assez centrale en Europe, c’est un petit marché mais on a accès à la France, l’Allemagne ou l’Angleterre très facilement. Et puis dans la région nous avons toujours été bien accueillis et encouragés.

Les algorithmes développés par l’entreprise peuvent aujourd’hui être utilisés dans les 7 milliards d’objets du quotidien équipés de capteurs: smartphones, chaussures, montres, voitures, drones…

Qu’est-ce qu’amène le label Scale Up Vaud?

C’est un bon label car le mot start-up n’a pas une acception univoque: pour certains c’est un mot très positif associé à l’innovation, pour d’autres c’est synonyme de manque de crédibilité. Scale-up suggère quelque chose de plus sérieux et établi. Et les entreprises qui disposent déjà de ce label sont des noms connus.

Quels sont vos projets d’avenir?

En 2018, une intégration plus forte avec MindMaze: nous allons proposer des produits en commun. Le potentiel est énorme, on se réjouit ! Par ailleurs, nous entendons augmenter notre présence dans certains marchés –sport, santé-. Jusque-là nous avons validé un certain nombre de premiers produits, désormais nous pourrons développer quelques projets à grande échelle, avec des produits plus matures et des partenaires plus importants.

En chiffres

Chiffre d’affaires: 1,2MCHF

Nombre d’employés: 15

Nombre de clients B2B: 138 dans 26 pays

350: nombre d’études scientifiques publiées sur la technologie développée et commercialisée par Gait Up